Dans le cadre de l’appel à projet « La villa, toute une histoire ! » et de la progression EMI, les élèves du lycée professionnel Antoine de Saint-Exupéry d’Halluin participent à une expérimentation pédagogique. Sous l’impulsion de Mme Nadège Wauquier, professeure documentaliste et de Mme Cassandre Fasquel, professeure de Lettres-Histoire, une classe de 3ème Prépa-Métiers s’approprie les codes de la fiction à travers un parcours mêlant patrimoine historique et outils d’intelligence artificielle.

Ce projet s’inscrit dans les TRaAM Documentation 2025-2026 « Développer une culture de l’IA par les pédagogies actives ». En effet, les élèves utilisent l’IA comme un tuteur, ils expérimentent les potentialités de l’IA pour suivre leur projet et générer des illustrations.
Public : 3e prépa-métiers
Objectifs : mettre les élèves à l’écriture en s’appropriant les codes de la fiction à travers un parcours mêlant patrimoine historique et outils d’intelligence artificielle. Répondre aux exigences croisées des programmes de Lettres et d’EMI et développer des compétences méthodologiques et psycho sociales sur un projet au long cours.
Pré-requis : les élèves suivent un enseignement EMI au 3C depuis septembre 2025. Ils ont ouvert la boîte noire et connaissent le fonctionnement des LMM (Large Modèle de Langage) et IAG (Intelligence Artificielle Générative). Ils sont conscients des limites et potentiels de la machine.
Compétences (cliquez sur les tableaux pour les agrandir) :
EMI

CRCN

CPS

Déroulé : un projet d’écriture au cœur du patrimoine
Sélectionné parmi cinq établissements de l’Académie de Lille pour l’appel à projet « La villa, toute une histoire ! », le projet porté par les deux enseignantes s’inscrit dans les Nuits de la Lecture 2026. Ce parcours structuré autour des trois piliers de l’EAC ou éducation artistique et culturelle (Rencontrer, Pratiquer, Connaître) propose aux élèves une immersion entre architecture moderniste et technologies numériques. Il s’est écoulé de décembre 2025 à fin janvier 2026 sur 5 étapes présentées ici.
Étape 1 RENCONTRER : l’immersion architecturale (5 décembre 2025).
Le 5 décembre dernier, les élèves ont découvert le chef-d’œuvre de Robert Mallet-Stevens. Lors d’une visite guidée, ils ont exploré les volumes, les matériaux et le mobilier design de la Villa Cavrois. Accompagnés par Nadège Wauquier et Cassandre Fasquel, chaque élève a dû choisir son « espace-source », autrement dit la pièce la plus inspirante (la salle de bain parentale, le grand salon, la salle de jeux) pour y ancrer le point de départ de son futur récit. La villa a remporté une adhésion immédiate de nos élèves. Ils n’ont pas hésité une seconde dans le choix de leur “espace-source”. Le chef d’œuvre de Mallet-Stevens a conquis nos élèves pour son organisation pensée pour combler tous les besoins d’une famille nombreuse à laquelle on voudrait presque appartenir. Une œuvre d’art totale où tout, de l’architecture au mobilier et au jardin, est conçu par l’architecte paysagiste pour le ravissement des visiteurs.



Étape 2 PRATIQUER : l’atelier d’écriture au 3C (19 déc. 2025 & 9 janv. 2026).
C’est au 3C (Centre de Culture et de Connaissance) du lycée que l’imaginaire a pris forme. Munis d’un questionnaire précis et d’un fil directeur, les élèves ont commencé à rédiger leurs premières lignes. Sous l’œil de leur binôme d’enseignantes, ils ont exploré les registres fantastiques, historiques ou épistolaires transformant le cadre réel de la villa en un lieu de mystères, de basculements irréels et d’Histoire. Le projet a permis aux élèves de s’engager dans une pratique exigeante de l’écriture d’invention, en cohérence avec les attendus du programme de français au cycle 4. Amenés à définir une stratégie d’écriture, ils ont appris à spécifier un genre et un registre d’écriture, à en identifier les codes, puis à structurer leur récit à l’aide du schéma narratif. Le travail d’écriture s’est inscrit dans une démarche progressive : constitution de banques lexicales durant des séances de recherche au 3C, rédaction en plusieurs jets et usage raisonné du brouillon. Cette approche a contribué à faire comprendre aux élèves que l’écriture est un processus nécessitant essais, ajustements et mises à distance, favorisant ainsi l’autonomie et la réflexivité attendues en fin de cycle.



Étape 3 CONNAÎTRE : Structurer le récit avec une professionnelle.
Pour passer du premier jet à la nouvelle construite, l’intervention de Cécile Richard, écrivaine professionnelle, a constitué un moment clé. Elle a permis aux élèves de s’approprier concrètement le schéma narratif exposé par les enseignantes pour aider à une écriture réfléchie et cadrée du récit en construction. Ce moment d’échange a renforcé leurs compétences techniques en écriture de fiction, un travail soutenu en classe par Mme Fasquel et Mme Wauquier pour la cohérence documentaire, historique et stylistique.
Étape 4 CRÉER avec un tuteur de rédaction et d’auto-évaluation.
Déjà sensibilisés par un cycle de trois séances sur le fonctionnement des algorithmes et les enjeux éthiques, les élèves utilisent l’IA ici pour :
● La correction assistée : L’outil aide à corriger la syntaxe et l’orthographe tout en amorçant le renvoi aux règles de grammaire, permettant un travail d’appropriation réelle. L’élève tient compte des remarques de la machine pour identifier ses erreurs lexicales, syntaxiques et de ponctuation. L’élève dyslexique, dysorthographique, dyspraxique est dispensé de taper difficilement le texte au clavier. Il travaille stylo et surligneur en main sur ses écrits manuscrits et les imprimés issues des générations correctives.
● Le diagnostic narratif : Les élèves soumettent la trame du schéma narratif et leurs textes pour obtenir un retour sur leur progression dans le schéma narratif. L’IA agit ici comme un miroir, pointant les étapes restant à franchir. Ces interactions avec les IAG participent d’un enseignement d’une « intelligence d’usage » : savoir « prompter » avec précision, identifier les hallucinations de la machine et garder une posture critique. Cette approche permet de valoriser le processus créatif de l’élève plutôt que le simple produit fini. Elle s’empare de leur réflexe de déléguer à la machine les tâches sur lesquelles ils sont fragiles : lire, écrire sans faute et se repérer dans la trame narrative.
L’IA Générative : Un assistant éthique pour une «écriture augmentée »
L’originalité de ce projet Traam 2025/2026 réside aussi dans l’usage de l’IAG comme partenaire d’apprentissage. En début d’année, 100% des élèves de la classe utilisent une voire plusieurs IAG pour le travail de classe. Or, ces usages sont inconscients et les élèves délèguent à la machine leur travail parfois au risque de mauvaises notes sans le comprendre.
Dès lors en classe d’EMI, un cadre d’usage rigoureux où l’IA ne remplace pas l’élève mais l’accompagne dans son cheminement est en marche depuis des mois dans le cadre d’une littératie info-documentaire au 3C construite par la professeure documentaliste sur un créneau hebdomadaire dédié. S’emparer des usages erratiques des IAG chez nos élèves pour encadrer une utilisation consciente et propice aux apprentissages est un de nos objectifs premiers en Lettres et EMI pour anticiper une dépendance cognitive particulièrement critique dans nos classes de lycée professionnel en désaffection avec les savoirs académiques. Leur réflexe est de photographier les demandes professorales pour les déléguer entièrement à la machine. Notre volonté est de nous emparer de cette pratique pour la qualifier. Les élèves ayant été formés aux mécanismes de fonctionnement de ces outils probabilistes, sont désormais conscients de leurs forces et de leurs faiblesses. Ils peuvent dès lors en faire un usage pertinent au moment opportun pouvant pallier leurs failles sans déléguer les étapes cruciales d’un cheminement de pensée nécessaire à leur formation et leur épanouissement intellectuels.

Il ne s’agit pas de tout écrire avec l’IA, mais de s’en servir en point d’étape. Comme pour l’exemple ci-dessus : l’élève prend en photo son texte, le soumet à un outil d’IAG avec un prompt élaboré en amont avec les enseignantes.
Il récupère les remarques sur les fautes d’orthographe et son point d’étape : où en est-il dans la construction du récit ? Il repart ensuite sur table, plus sûr de son travail, pour corriger l’existant et passer à la suite.
Étape 5 ILLUSTRER
Et le projet ne s’arrête pas au texte. Le recueil des courts récits écrit par les élèves se doit d’être illustré tout en restant fidèle à la Villa Cavrois. Toujours sous l’angle des IAG (cette fois-ci génératrices d’images), les élèves traduisent visuellement l’ambiance de leurs nouvelles. Ce travail nécessite une précision lexicale pour guider l’IA vers un rendu respectant l’esthétique de Mallet-Stevens, mêlant ainsi arts plastiques, littérature et compétences numériques. L’élève soumet son texte, une photo originale de l’espace-source choisi pour obtenir à partir d’un prompt travaillé en classe une illustration de sa nouvelle.



À l’aide de la grille d’évaluation conçue par les enseignantes, il évalue la pertinence et la cohérence graphique et visuelle de l’image générée. L’intérêt pédagogique ici est de donner à voir aux élèves de manière plus évidente les biais et hallucinations de la machine au travers d’incohérences graphiques bien plus prégnantes en génération d’images que de textes.
Restitution aux Nuits de la Lecture 2026
L’aboutissement a eu lieu le 21 janvier 2026. Les 3 Prépa-métiers sont retournés à la Villa Cavrois pour une restitution publique sous forme de visite-lecture. Une classe de Seconde Bac PRO Menuiserie auditrice a profité d’une visite de la Villa Cavrois ponctuée des lectures de leurs récits par les 3PM. La restitution finale du projet sous forme de visite-lecture a offert un cadre authentique de travail de l’oral. Elle a permis de présenter leur recueil illustré des interactions apprenantes avec les IAG, prouvant que l’IA, lorsqu’elle est encadrée par un projet pédagogique solide, devient plus un outil d’assistance, à l’inclusion et la créativité qu’un robot à qui on délègue sans esprit critique. Cette dernière étape les a de surcroît obligés au transfert oral des compétences acquises vers plus de fluence et de confiance. En effet, les élèves se sont entraînés à la lecture à voix haute, au travail de la fluence, de l’intonation et de l’articulation, en vue d’une présentation publique. Cette mise en voix a renforcé la maîtrise de l’expression orale adressée à un auditoire, tout en développant la confiance en soi. Les temps de répétition, d’écoute entre pairs et d’auto-évaluation ont permis aux élèves de prendre conscience des exigences de l’oral scolaire et de progresser dans l’exploitation des ressources expressives de la parole. Concrètement, au 3C, chaque élève s’est entraîné devant un binôme qui a évalué sa fluence à l’aide d’une fiche élaborée par les enseignantes pour attribuer une note sur 10 à son camarade. La note est ici indicative et pas sommative dans le but de faire progresser et d’encourager les élèves à une prise de parole en public très souvent appréhendée.
Le recueil est publié ici !



Bilan
C’est un projet complet d’éducation artistique et culturelle qui a permis de renforcer les compétences essentielles de lecture, d’écriture et de fluence orale tout en encourageant la mobilité culturelle des élèves vers un patrimoine local. Ancré dans la découverte de la Villa Cavrois, le projet a favorisé l’ouverture des élèves à une culture patrimoniale, artistique et littéraire, en lien avec l’éducation artistique et culturelle. L’architecture moderniste est devenue un support d’imaginaire et un déclencheur d’écriture, permettant de croiser littérature, histoire des arts et création contemporaine. Les rencontres avec une autrice et une médiatrice culturelle ont renforcé le rapport des élèves aux œuvres, aux pratiques d’écriture et au monde de la culture, tout en donnant du sens aux apprentissages disciplinaires et en valorisant leur posture d’auteurs.
Mené sur une durée longue (près de deux mois), ce projet a initié les élèves à une pédagogie de projet, fondée sur la coopération, la planification et la persévérance. Le travail collaboratif, les échanges entre pairs, les phases de recherche, de rédaction et de révision ont permis de développer des compétences méthodologiques essentielles : s’organiser, expliciter ses choix, accepter la critique constructive et améliorer une production. En valorisant les compétences acquises dans une situation de communication authentique, cette démarche globale a renforcé l’engagement des élèves, leur motivation et leur compréhension des attendus scolaires, en particulier pour un public de 3e Prépa-Métiers souvent fragilisé face à l’écrit.