Isabelle Decloquement, professeure de Lettres, et Céline Domin, professeure documentaliste au collège Immaculée Conception de Bailleul ont proposé aux élèves de deux classes de 3e d’écrire un article d’un journal du futur à l’aide d’outils basés sur intelligences artificielles (IA). Les élèves doivent dans un premier temps rédiger un prompt pour générer un article avec un outil IA.

Ce projet s’inscrit dans les TraAM Documentation 2025-2026 « Développer une culture de l’IA par les pédagogies actives ».
Il propose notamment aux élèves de :
- Apprendre sur l’IA, en développant une compréhension de son fonctionnement et de ses mécanismes ;
- Développer des compétences rédactionnelles (écriture de prompts) et de lecture (analyse des résultats textuels et iconographiques générés).
Public : classes de 3e
Objectif : Faire appréhender aux élèves les principes de fonctionnement de l’IA et la nécessité de rédiger un prompt précis.
Objectifs disciplinaires : Exploiter et réinvestir les notions étudiées lors de la séquence « Progrès et rêves scientifiques » : vocabulaire spécifique à la S.-F. (néologismes, sigles, mots-valises), figures de style ; s’inspirer des textes étudiés pour imaginer le sien.
Compétences :
EMI

Français

CRCN

CPS

Déroulé :
Au préalable, les élèves en cours de français :
- ont appris (ou revu) les figures de style les plus courantes.
- ont lu Péril sur Terre, 5 nouvelles sur la nature (lecture cursive avec évaluation de lecture et questionnement sur ce qui est dénoncé dans chacune des nouvelles) ;
- ont découvert les thèmes de S.-F. à partir de quelques Nanofictions, de Patrick Baud (2018) et écrit à leur tour une nouvelle de 50 mots maximum avec chute ;
- ont lu et étudié en classe les cinq nouvelles de P. Bordage du recueil Nouvelle Vie TM et autres récits, afin de travailler la structure du récit, de revoir la conjugaison des temps du récit au passé et leurs valeurs ; l’étude des nouvelles a également permis de rappeler le rythme du récit et les ruptures temporelles (retour en arrière, anticipation) ;
- ont découvert le vocabulaire propre à la science-fiction : néologismes, sigles, mots-valises…
- ont rédigé un devoir d’expression écrite à partir d’une vignette de bande dessinée de science-fiction (Antarès, de Léo, tome 1, page 12 : vignette présentant les ruines de Notre-Dame pendant les guerres religieuses de 2058) ;
Séance 1 : Découverte du prompt et rédaction d’un prompt pour générer un texte.
- Phase 1 – Découverte du prompt : Diffusion aux élèves d’un support présentant les critères pour rédiger un prompt efficace ainsi que le rappel des consignes.
- Phase 2 : Mise en activité : les élèves ont commencé sur papier le choix du thème de leur article futuriste, la rubrique dans laquelle il allait s’inscrire puis se sont mis à élaborer leur prompt pour la génération du texte.
- Sur PC, le support a été envoyé sur les ordinateurs utilisés par les élèves. Une sélection d’outil-IA sans nécessité de créer un compte y était proposée. Les élèves ont donc choisi un des outils et y ont saisi leur prompt en plus de le copier dans un brouillon numérique (Traitement de texte ou Diaporama).
Séance 2 : Finalisation des textes et rédaction de prompt pour générer une image.
- Après une étape de retouche de prompt pour générer le texte de l’article et obtenir le résultat dans l’outil choisi, les élèves se sont attelés à l’image.
- Il leur a d’abord fallu imaginer l’image qu’ils souhaitaient pour illustrer leur article, et la décrire afin d’identifier les éléments qui devraient figurer dans le prompt.
- Rédaction du prompt pour obtenir l’image : ils se sont rendus compte qu’un prompt est très différent selon qu’on souhaite une génération de texte ou d’image. Ils ont souvent dû revoir plusieurs fois le prompt afin d’obtenir un résultat s’approchant de ce qu’ils avaient imaginé.
- En fin de travail, les élèves ont pris soin de copier dans leur brouillon numérique les prompts, les résultats générés (texte et image) ainsi que les noms des outils-IA utilisés, puis ont envoyé leur fichier au professeur via l’ENT.
Séance 3 : Découverte des travaux et bilan du projet.
- Séance en classe pour une sorte de « debriefing » : les élèves ont pris le temps de réfléchir au travail mené avec l’I.A. : « A quoi je m’attendais, ce qui m’a semblé facile/difficile, ce que j’ai découvert, est-ce que ce travail avec l’I.A. modifiera ma pratique… » : ils ont répondu à ces questions en notant toutes leurs impressions ;
- Puis échange par oral à partir de leur écrit ; ce moment a été riche et a montré une analyse fine de leur part à propos de leurs pratiques et des difficultés auxquelles ils se sont confrontés (écriture du prompt notamment).
- Projection à la classe de quelques projets : lecture et commentaires afin de comprendre comment tel prompt a mené à telle image ou tel texte ; comment faire pour améliorer sa production…
Annexe :
Quelques réalisations d’élèves : https://ladigitale.dev/digiflip/#/f/6a021512e417f
Bilan réflexif :
L’exercice ne s’est pas révélé si simple pour les élèves. Il a fallu pour aboutir au résultat escompté rédiger un prompt clair, précis et suffisamment directif.
Le nombre de prompts que les élèves ont pu essayer, surtout pour la génération d’image, était restreint notamment par l’usage d’outil-IA sans compte, ce qui est préconisé pour les collégiens dans le « Cadre d’usage de l’IA en éducation ». Or les outils sans compte ont très souvent un quota permettant un nombre d’usage réduit et des fonctionnalités limitées.
Trouver les bons mots, anticiper les attentes de l’IA et structurer une consigne efficace ont demandé plusieurs essais. Certains prompts trop vagues ont produit des résultats éloignés de leurs intentions, obligeant les élèves à les retravailler. => Cette phase du travail a demandé du temps, nous devrons peut-être prévoir une séance supplémentaire si nous réitérons cette séquence.
En apprenant à formuler une demande rigoureuse, les élèves ont développé leur esprit critique, leur capacité à préciser leur pensée, à structurer leurs idées et à mieux comprendre le lien entre consigne et production. Ils ont ainsi pris conscience que, même avec un outil puissant, la qualité du résultat dépend avant tout de la qualité de la demande. D’ailleurs un grand nombre d’entre eux envisage de revoir sa pratique de l’IA suite à ce travail, se rendant compte d’une mauvaise utilisation.
En tout cas les efforts ont payé : articles immersifs, univers futuristes crédibles, images surprenantes… Les élèves ont su tirer parti de l’intelligence artificielle pour proposer des réalisations originales et de grande qualité.
Nous reconduirons certainement ce projet l’an prochain en y ajoutant une séance pour la mise en forme de l’article façon « journal » en classe, afin de guider au mieux les élèves (cette partie du travail a été réalisée cette année à la maison, faute de temps).
En conclusion, ce projet nous a confortées dans l’idée que l’IA doit être enseignée à l’école afin que nos élèves (qui l’utilisent beaucoup mais souvent à tort et à travers) en aient une pratique raisonnée et comprennent que comme tout outil, l’important est de savoir bien s’en servir.
Liens avec la recherche :
Ce projet s’inspire des travaux de Margarida Romero sur les usages créatifs du numérique. L’idée fondamentale est de passer d’un usage de l’IA comme substitut cognitif (consommateur passif) à un usage de l’IA comme partenaire, maintenant la souveraineté intellectuelle de l’élève (l’Intelligence Humaine précède l’Artificielle) notamment avec les points suivants :
- Pédagogies actives et créativité avec l’IA
Margarida Romero souligne l’importance d’utiliser l’IA comme levier de créativité et d’engagement dans les apprentissages, en favorisant des activités où les élèves deviennent acteurs de leur savoir. Dans ce scénario, les élèves conçoivent des prompts, analysent critiquement les résultats (textes et images générés) et itèrent pour affiner leurs productions, ce qui reflète une approche constructiviste et créative de l’IA, centrale dans ses travaux. - Développement de l’esprit critique face aux outils numériques
Romero insiste sur la nécessité d’éduquer les élèves à une utilisation réfléchie et critique des technologies. Le scénario intègre explicitement une phase d’analyse critique des outputs de l’IA (ex. : évaluation de la pertinence des textes/images générés), ainsi qu’un débriefing pour discuter des limites et des biais des outils. Cela correspond à sa vision d’une littératie numérique qui dépasse la simple utilisation technique. - Intégration du numérique selon le modèle SAMR
Romero promeut l’usage du modèle SAMR (Substitution, Augmentation, Modification, Redéfinition) pour évaluer l’impact pédagogique du numérique. Dans ce scénario, l’IA ne se contente pas de substituer des outils traditionnels (ex. : rédiger à la main) : elle redéfinit la tâche en permettant aux élèves de collaborer avec l’IA pour produire des contenus originaux (articles futuristes), ce qui correspond au niveau le plus élevé du modèle, souvent cité par Romero comme exemple d’innovation pédagogique.
Bibliographie :
Romero, M. (2024, 23 avril). Usages créatifs de l’IA en éducation (#PPai6). Margarida Romero. https://margaridaromero.wordpress.com/2024/04/23/usages-creatifs-de-liappai6/
Romero, M. et al. (2023). Enseigner et apprendre à l’ère de l’intelligence artificielle : livre blanc du GTnum #Scol_IA : vol. Livre blanc. https://hal.science/hal-04013223